Dans le chapitre précédent, nous avons étudié les ensembles et leurs opérations. Mais pour formaliser des notions comme « être plus petit que », « être équivalent à » ou « diviser », il faut pouvoir exprimer des liens entre éléments. C’est le rôle des relations binaires.
Une relation binaire associe des couples d’éléments selon un critère donné. Cette notion, simple en apparence, permet de définir rigoureusement deux structures fondamentales : les relations d’équivalence, qui regroupent les éléments en classes, et les relations d’ordre, qui les hiérarchisent. Ces outils interviennent partout en mathématiques — de l’arithmétique modulaire aux structures algébriques.
Une relation binaire formalise l’idée de « lien » entre deux éléments. On la définit par son graphe : l’ensemble des couples d’éléments qui sont en relation.
Pour des ensembles E et F, une relation binaire R de E vers F est la donnée d’un sous-ensemble G de E×F. Lorsque (e,f)∈G, on dit que e est en relation avec f et on note eRf. L’ensemble G est appelé le graphe de la relation binaire.
Il est fréquent d’avoir E=F pour une relation binaire. Dans ce cas on parle de relation binaire sur E (plutôt que de E vers E).
Certaines relations possèdent des propriétés particulières qui les rendent utiles. On se place sur un ensemble E et on étudie les relations binaires sur E. Quatre propriétés fondamentales permettent de classifier ces relations.
Une relation binaire R sur E est réflexive si et seulement si ∀x∈E, xRx
Une relation binaire R sur E est symétrique si et seulement si ∀x,y∈E, xRy⟹yRx
Une relation binaire R sur E est antisymétrique si et seulement si ∀x,y∈E, (x=y)∧(xRy)⟹yRx
On peut reformuler cela en ∀x,y∈E, (xRy)∧(yRx)⟹x=y Cette formulation est souvent plus utile pour montrer qu’une relation est antisymétrique.
Une relation binaire R sur E est transitive si et seulement si ∀x,y,z∈E, (xRy)∧(yRz)⟹xRz
La symétrie et l’antisymétrie sont deux propriétés distinctes, voire opposées. Une relation symétrique traite les deux éléments de manière interchangeable ; une relation antisymétrique impose une direction.
Parmi toutes les relations possibles, certaines vérifient simultanément la réflexivité, la symétrie et la transitivité. Ces relations, dites d’équivalence, permettent de regrouper les éléments en classes : deux éléments sont dans la même classe s’ils sont en relation.
Une relation d’équivalence est une relation binaire réflexive, symétrique et transitive.
On connaît déjà beaucoup de relations d’équivalence :
La classe d’équivalence d’un élément x pour une relation d’équivalence R sur E est l’ensemble des éléments qui sont en relation avec x : xˉ={y∈E ∣ xRy}
On appelle un élément d’une classe donnée un représentant de la classe. Grâce à lui on peut définir sans ambiguïté la classe tout entière. On désigne souvent une classe d’équivalence par son représentant.
Pour toute relation d’équivalence sur E, l’ensemble des classes d’équivalence forme une partition de E.
On peut définir une relation binaire sur E à partir d’une partition de E : « deux éléments sont en relation lorsqu’ils appartiennent au même sous-ensemble de la partition ». Cette relation est une relation d’équivalence.
Il s’agit bien d’une relation d’équivalence.
Puisque les classes d’équivalence forment une partition de E, on peut désormais considérer cette partition comme un nouvel ensemble à part entière, dont les éléments sont les classes elles-mêmes.
L’ensemble des classes d’équivalence de E par une relation d’équivalence R est appelé ensemble quotient de E par R. On le note E/R.
On passe de E à E/R en « oubliant » les différences entre éléments équivalents. Cette construction est fondamentale en algèbre.
D’autres relations vérifient la réflexivité, l’antisymétrie et la transitivité. Ces relations, dites d’ordre, permettent de comparer les éléments entre eux et de les hiérarchiser.
Une relation d’ordre est une relation binaire réflexive, antisymétrique et transitive.
On note communément ≼ une relation d’ordre quelconque.
On peut définir une relation d’ordre strict ≺ à partir d’une relation d’ordre ≼ en posant x≺y⟺(x=y)∧(x≼y)
On peut définir une relation d’ordre inverse de la manière suivante : x≽y⟺y≼x
La relation « supérieur ou égal » notée ⩾ est la relation d’ordre inverse de ⩽ sur R.
Un point important distingue les ordres : peut-on toujours comparer deux éléments ?
Une relation d’ordre ≼ sur E est dite totale si pour tout couple (x,y) d’éléments de E, on a x≼y ou y≼x. Sinon, l’ordre est dit partiel.
Les relations binaires permettent de formaliser des liens entre éléments d’un même ensemble. Les relations d’équivalence partitionnent un ensemble en classes, tandis que les relations d’ordre permettent de comparer des éléments entre eux.
Le chapitre suivant introduit les Applications, qui généralisent cette idée en associant à chaque élément d’un ensemble de départ un unique élément d’un ensemble d’arrivée.